Photographier l’hiver

L’hiver est sans doute la saison la plus négligée par les photographes. Pour s’exposer soi-même et son équipement photo à des températures extrêmes, alors que l’on pourrait sinon rester bien au chaud, il faut faire preuve d’une forte motivation. De plus, sans compensation d’exposition, l’appareil photo produit souvent des images tristes et ternes.

L’hiver est sans doute la saison la plus négligée par les photographes. Pour s’exposer soi-même et son équipement photo à des températures extrêmes, alors que l’on pourrait sinon rester bien au chaud, il faut faire preuve d’une forte motivation. De plus, sans compensation d’exposition, l’appareil photo produit souvent des images tristes et ternes.

Ciel menaçant, Hinterzarten, Forêt Noir, Canon EOS 5D Mark 2, Voigtländer Color-Skopar SL 20 mm f 3,5

Mais si vous êtes prêt à affronter le froid, la nature vous récompense souvent par des paysages féériques d’un graphisme saisissant. Sachez qu’il n’est pas nécessaire de partir dans le Grand Nord ou de passer des vacances ruineuses aux sports d’hiver. De nombreux sujets vous attendent près de chez vous et il n’est même pas nécessaire de posséder un appareil et des objectifs entièrement tropicalisés.

Tempête de neige sur le Feldberg, Forêt Noir, Canon EOS 5D Mark 2, Canon EF 70-200 mm f 4 L USM

Protéger soi-même et son matériel

Pensez tout d’abord à une tenue vestimentaire adaptée. Superposez plusieurs couches de vêtements et veillez à ce que les extrémités du corps soient bien protégées, car le froid s’attaque en priorité à votre tête, à vos mains et à vos pieds. Portez des chaussures chaudes et confortables (il faut pouvoir bouger les orteils pour prévenir contre des engelures…) et une paire de gants, qui est à la fois chaude et suffisamment flexible pour permettre la manipulation des commandes de votre appareil.

S’il n’est pas vraiment conseillé de poser son appareil photo (ici un Canon EOS 5D avec son zoom de base) sur la neige, la plupart des appareils reflex numériques sont bien plus résistants qu’on ne pense…

Quant à l’appareil photo, conservez-le de préférence près de votre corps et si possible au chaud dans votre manteau. Les accus de l’appareil sont souvent mis à rude épreuve lorsqu’ils sont exposés au froid. L’autonomie chute et il faut de ce fait emporter des jeux de rechange préalablement chargés et conservés près du corps. Les accus Li-Ion sont alors beaucoup plus résistants que les accus Ni-Mh que l’on trouve encore dans certains appareils plus anciens (Nikon D1 et Canon 1D/1Ds Mark 1 et 2). La condensation est le pire ennemi de votre appareil et de vos objectifs : lors d’un passage du froid ou chaud, elle se dépose à l’extérieur et souvent aussi à l’intérieur de l’appareil une fois dans un local chaud et humide. Alors que certains conseillent de conserver l’équipement photo dans un sac plastic bien fermé, il suffit souvent de le laisser dans le fourre-tout ou dans le sac à dos pendant une heure ou deux pour qu’il s’adapte aux nouvelles conditions climatiques.


Hennesee, Hochsauerland. EOS 5D, EF 24-105 mm f 4 L IS USM

Bien exposer

En pointant la cellule de l’appareil en direction du paysage hivernal, très souvent on obtient de la neige grise. La cellule fait alors exactement ce qu’elle devait faire face à un sujet moyennement clair : le restituer en valeurs moyennes. Il faut donc généralement surexposer pour obtenir de la neige blanche : lorsque cette dernière est fraîche, procédez d’abord à une mesure spot, puis augmentez l’exposition de 2 IL, soit en ouvrant le diaphragme de deux valeurs, soit en optant pour une vitesse d’obturation quatre fois plus lente. Si la lumière est latérale, compensez l’exposition de 1 1/3 à 1,5 IL, et si elle se trouve dans l’ombre de 1 IL. S’il faut beau et si le ciel est d’un bleu profond, vous pouvez utiliser ce dernier pour ajuster l’exposition : mémorisez l’exposition du ciel, puis recadrez avant de faire la photo. Notez que de nombreux appareils donnent d’emblée des résultats satisfaisants lorsque vous optez pour le mode de mesure matricielle ou multizones. Une compensation d’exposition serait donc dans ce cas inutile, car elle surexposerait la neige de manière irrécupérable. Un dernier conseil : observez l’histogramme de l’afficheur LCD de votre appareil et activez l’affichage des zones écrêtées. Bien que celui-ci ne propose qu’une vision trop pessimiste des zones surexposées lorsque vous travaillez en format RAW, il vous aide à examiner l’exposition et à distinguer les reflets spéculaires des hautes lumières à préserver.

Si l’appareil sous-exposait cette image fortement et s’il a fallu de ce fait augmenter l’exposition dans Camera Raw…
…pour cette image, prise avec un Canon D60, aucune compensation d’exposition (à la prise de vue ou à posteriori) n’a été nécessaire

La mauvaise lumière n’existe pas

Bien que l’on pouvait être tenté à ne pas sortir lorsqu’il vente ou neige, les photos d’hiver ne sont pas limitées aux sempiternelles images au ciel bleu et à la neige aveuglante et immaculée. Bien au contraire, l’hiver offre aussi de beaux ciels tourmentés et des paysages dans la brume, souvent à l’origine d’images encore plus expressives.

Nuages et brume, Fôret Noir. Canon EOS 5D Mark 2, Canon EF 135 mm f2 L USM, 3 photos “bracketées” et réunies dans Photoshop.
Le Feldberg dans la brume, Fôret Noir. Canon EOS 450D, Canon EF 70-200 mm f 4 L USM.
En pleine tempête de neige, Hochsauerland. Canon 5D, Canon EF 24-105 mm f4 L IS USM.

Abstraction et graphisme

Lorsque la neige recouvre tout d’un voile blanc, le paysage devient plus « lisible », de nombreux éléments le constituant ayant temporairement disparu. Profitez-en en composant vos images à partir de quelques rares ingrédients, lignes et couleurs. Et pourquoi pas oser le noir et blanc ?


Paturages, Hochsauerland. Canon 5D, Canon EF 24-105 mm f 4 L IS USM
Contre-jour sur le Titisee. Canon 1Ds, Canon EF 70-200 mm f 4 L USM et Extender 1,4x
“Arbre” sur la glace. Canon 450D, Canon EF 70-200 mm f 4 L USM
Fôret enchantée, Hochsauerland. Canon 5D, Canon EF 24-105 mm f 4 L IS USM
Ombres et lignes, Fôret Noir. Canon 5D Mark 2, Canon EF 135 mm f2 L USM

La beauté des petites choses

Il suffit d’observer attentivement le paysage hivernal pour découvrir de nombreux petits détails invitant à la proxi-ou macrophotographie. Pensez (tout comme pour les photos de paysage) à emmener un trépied pour obtenir des photos bien nettes…

Feuille givrée. Canon EOS 1 Ds, Nikon 55 mm f 3.5 Micro-Nikkor AI
Visage de glace. Canon EOS 450D, EF 100 mm f 2.8 Macro

Fonte des glaces. Canon EOS 5D Mark 2, EF 100 mm f 2.8 Macro. Pour “arrêter” la goutte d’eau, il a fallu choisir une sensibilité très élevée afin de pouvoir obtenir une vitesse de 1/8000s tout en augmentant la profondeur du champ

L’hiver en ville

Les habitants des grandes villes ne sont pas vraiment gâtés : s’il neige occasionnellement, la neige se transforme rapidement (au grand dam des enfants et photographes…) en un mélange boueux et grisâtre. Qui plus est, le temps hivernal est souvent considéré comme une calamité et les jardins publiques sont souvent fermés pour “cause d’intempéries” dès la moindre chute de neige. Il est donc plus difficile d’obtenir des photos intéressantes, mais là encore rien n’est impossible !

Fontaine givrée, Paris. Canon EOS 1 Ds, EF 70-200 mm f4 L. Pour obtenir une vitesse lente, indispensable pour ressortir le contraste entre la glace et l’eau, il a fallu un trépied et un diaphragme très fermé (f/32), peu propice à une netteté irréprochable.
Vieux taxi anglais, Freiburg/Allemagne. Canon EOS 1Ds, EF 100 mm f 2,8 Macro

Hiver et animaux

Si l’hiver pousse certains animaux sauvages à déserter nos latitudes au bénéfice de certaines régions plus clémentes, ceux qui restent deviennent plus accessibles. Les écureuils, pour ne citer qu’eux, aspirent souvent aux quelques graines et noisettes que leur tendent les hommes et les oiseaux se rassemblent là où il y a de la nourriture. Néanmoins, pour les photographier, il vous faudra un téléobjectif à focale fixe ou à focale variable et l’emploi d’un trépied s’impose très souvent, si ce n’est pour compenser le manque de luminosité en hiver.

Chat dans la neige. Canon EOS 5 D Mark 2. EF 135 mm f 2 L USM, 1250 ISO
Écureuil roux, Parc de Sceaux. Canon EOS 1 D Mark 2, EF 135 mm f 2 L USM +Extender 1,4x
Rouge-gorge familier, Parc de Sceaux. Canon EOS 450D, EF 70-200 mm f 4 L USM +Extender 1,4x.
Canard Colvert. Canon EOS 5 D Mark 2, EF 70-200 mm f 4 L USM

Variations autour d’une vue

En hiver, le temps et la lumière varient beaucoup. Si vous disposez d’une belle vue depuis votre maison ou appartement, vous pouvez commencer une petite série d’images pour en enregistrer les changements. Et puis, que pensez-vous de poursuivre cette série tout au long de l’année ?
Voici quatre images d’une ferme en Forêt Noir, prises du même point de vue et dans une même semaine. A noter que la dernière a été prise la nuit avec pour seul appui l‘éclairage de la lune. Presque rien ne la distingue des autres, si ce n’est le temps de pose qui atteint 177 secondes.



J’espère que ces quelques images vous ont inspiré pour vos propres photos pour cet hiver (dépêchez-vous, le printemps n’est pas loin…) ou alors pour l’hiver prochain. En tous cas, je vous souhaite de belles photos !

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