La macro à peu de frais – deuxième partie

Il n’est pas toujours nécessaire de se ruiner pour tâter la proxiphotographie. Bien au contraire puisqu’on peut trouver sur le marché des accessoires qui, telle une paire de lunettes, corrigent efficacement la « presbytie » des objectifs.

Pour obtenir des grandissements plus élevés que ceux normalement autorisés par un objectif, il existe deux solutions distinctes : augmenter son tirage mécanique ou diminuer sa focale. Alors que la première solution revient à intercaler une ou plusieurs bagues-allonge ou un soufflet entre le boitier et l’objectif, la seconde consiste à visser une lentille additionnelle, aussi appelé lentille d’approche, ou plus simplement, bonnette macro, sur l’objectif. Les lentilles en question sont généralement distribuées à des tarifs très accessibles, permettant de disposer d’un équipement cohérent et très performant pour un investissement environ quatre fois inférieur à celui d’un objectif macro.

L’utilisation d’une longue focale permet d’obtenir de jolis fonds flous. Canon 5D Mark III, Canon EF 100-400 mm L ISM et bonnette Macro Canon 500D à 150 mm, f/10, 1/800s et 1000 ISO sur trépied. Compensation d’exposition +0,67 IL (exposition à droite).

Grandissement et distance de mise au point

Le principe des bonnettes macro est plutôt simple : leur rôle étant de réduire la focale, il est possible d’obtenir des grandissements plus importants,  le tirage mécanique de l’objectif n’étant pas modifié. La bonnette est une lentille positive convergente qui fait converger les rayons lumineux vers un point focal précis. Le plus souvent, elle est sertie sur une monture vissante ou une monture à friction. Elle doit être centrée de manière très rigoureuse car son axe optique doit parfaitement coïncider avec celui de l’objectif. La puissance d’une bonnette se mesure en dioptries ; plus le nombre est important, plus la lentille est puissante et le grandissement important. Une bonnette macro réduit donc la focale de l’objectif associé pour ainsi réaliser des grandissements supérieurs, suivant la formule
Focale résultante = 1000 : ([1000/focale de l’objectif de base] + nombre de dioptries)
Ainsi, si vous utilisez une bonnette macro de +3 dioptries sur un objectif de 50 mm, la focale résultante est égale à 43, 5 mm. Avec un objectif de 105 mm, la même bonnette produit une focale de 80 mm, avec un objectif de 200 mm, une focale de 125 mm. Bref, l’efficacité d’une bonnette est donc d’autant plus importante que la focale de l’objectif utilisé est grande, privilégiant l’emploi d’un téléobjectif à focale fixe ou variable.
Pour calculer le grandissement d’un couple objectif/bonnette macro, divisez la focale de l’objectif par celle de la bonnette. Pour obtenir la focale de cette dernière, il suffit de diviser 1000 (mm) par le nombre de dioptries de la lentille additionnelle. Une bonnette de + 4 dioptries possède ainsi une focale de 250 mm (1000 : 4) et elle nécessite donc un objectif de 250 mm pour obtenir un grandissement égal à 1. Adapté sur un objectif 50 mm, le grandissement est de seulement 0,2 fois lorsque la bague de l’objectif est positionnée sur le repère infini.

Avec une bonnette de 2 dioptries, la distance de mise au point d’un zoom télé se réduit à seulement 50 cm, permettant de saisir des insectes craintifs sans les déranger. Canon 5D Mark III, Canon EF 100-400 mm L IS USM et bonnette Macro Canon 500D à 340 mm, f/11, 1/800 s et 1600 ISO à main levée. Compensation d’exposition de +1 IL (exposition à droite).

Quand l’objectif est réglé sur l’infini, la distance de mise au point est égale à la focale de la bonnette. Ainsi, avec un objectif réglé sur l’infini est une lentille de 2 dioptries telle que la Canon 500D, vous pouvez travailler à 50 cm du sujet tandis qu’avec une lentille de 4 dioptries telle que la Canon 250D, la distance n’est plus que de 25 cm et ce, quel que soit l’objectif utilisé. La distance maximale de mise au point est donc indépendante de la distance focale de l’objectif ! Cependant, vous pouvez réduire la distance de mise au point via la bague de l’objectif. Avec l’objectif réglé sur une distance plus proche, il est ainsi possible d’obtenir des grandissements plus importants : avec la bonnette 250D et un objectif de 50 mm réglé sur 50 cm, le grandissement  monte à 0,33 au lieu de 0,2 fois alors qu’avec un objectif de 200 mm réglé sur une distance de mise au point égale à 1,60 m, celui-ci grimpe à 1,06 au lieu de 0,8 fois.
Il est même possible de monter plusieurs bonnettes ensemble. Leur puissance s’additionne alors, la puissance résultante étant égale à la somme des puissances des bonnettes utilisées. En combinant trois bonnettes dont les puissances respectives sont de 1, 2 et 5 dioptries, il sera possible d’obtenir une puissance résultante de 8 dioptries, soit une focale de 125 mm, suffisante pour atteindre un grandissement de 0,4 avec un objectif standard de 50 mm et 1, 08 avec un téléobjectif de 135 mm. Si la combinaison de plusieurs bonnettes procure une grande souplesse, elles ne favorise guère la qualité d’image. Mieux vaut donc limiter le nombre de bonnettes employées à deux à la fois pour des résultats satisfaisants.

Bonnette simple ou achromatique ?

La plupart des bonnettes macro commercialisées à vil prix ne produisent qu’un piqué assez abominable, avec une véritable explosion des défauts optiques à l’extérieur du centre de l’image. En fait, si elle ne dispose que d’une seule lentille, une bonnette génère des aberrations sphériques et achromatiques qui nécessitent une fermeture du diaphragme à des valeurs moyennes pour une netteté satisfaisante du sujet principal. Sous condition que celui-ci se trouve au centre de l’image, la périphérie étant irrémédiablement plongé dans un flou mystérieux.

Sous condition de choisir une bonnette achromatique et un objectif de qualité, les résultats n’auront quasiment plus rien à envier à ceux obtenus avec un objectif macro. Canon 5D Mark III, Canon EF 70-200 mm f/4 L USM et bonnette Canon 500D à f/8 et 1/60s et 400 ISO ; compensation d’exposition +0,67 IL (exposition à droite).

Si vous êtes un tant soit peu exigeant, envisagez plutôt l’achat d’une ou de plusieurs bonnettes achromatiques, composées chacune de deux ou trois éléments optiques soigneusement traités multicouches :

  •  Les excellentes bonnettes Nikon 3T (+ 1,5, diamètre 52), 5T (idem, diamètre 62), 4T (+ 3, diamètre 52) et 6T (idem, diamètre 62), optimisées pour des focales entre 80 et 200 mm, sont uniquement disponibles sur le marché d’occasion.
  • Par le passé, certains fabricants avaient privilégié la solution “bonnette macro” plutôt que la solution “bague-allonge” pour atteindre le rapport 1 avec leurs objectifs macro (Sigma 90 mm f/2,8, Cosina 100 mm f/3,5). Dans le même esprit, Cosina fournit encore des bonnettes macro dédiées avec certaines de ses optiques Voigtländer (40 mm f/2 et 90 mm f/3,5) pour parfaire leur aptitudes en proxiphotographie.
  •  Canon produit encore deux bonnettes achromatiques : les modèles 250D (+ 4) et 500D (+ 2). Le modèle 250D n’est proposé que pour les diamètres de filtres 52 et 58 mm alors que le modèle s’adapte sur les diamètres 52, 58, 72 et 77 mm ainsi que sur les diamètres intermédiaires, grâce à des bagues intermédiaires, disponibles dans le commerce. Si Canon préconise des focales entre 50 et 135 mm pour le modèle 250D et entre 70 et 300 mm pour le modèle 500D, vous pouvez déroger à cette règle, au prix d’une qualité optique un peu réduite.
  •  L’opticien Raynox propose trois produits encore plus  sophistiqués (3 lentilles au lieu de 2), mais commercialisés à des tarifs très raisonnables. Les bonnettes en question sont dotées d’une monture “universelle” qui s’adapte sur des objectifs à diamètre de filtre entre 52 et 67 mm : la bonnette DCR-150 possède une puissance de + 4,8 dioptries, le modèle DCR-250 offre pas moins de + 8 dioptries et la DCR-5320 est doté de deux lentilles + 2 (2 éléments) et + 3 dioptries (3 éléments) que l’on peut combiner pour produire un ensemble de + 5 dioptries et 5 lentilles.
  •  Le fabricant japonais de filtres Marumi propose deux modèles de bonnettes achromatiques, DHG Achromat Macro 200 (+ 5) et DHG Achromat 330 (+ 3), dotées du traitement multicouches DHG. Plus économiques que les bonnettes Canon, elles semblent pourtant très proches pour ce qui est de leur réalisation optique et mécanique.

Les bonnettes achromatiques citées plus haut partagent une très bonne qualité optique, pour peu que l’objectif soit fermé de plusieurs diaphragmes. Toutefois, elles se prêtent davantage à la photographie d’insectes et de fleurs qu’à la reproduction de pièces de collection (timbres, pièces de monnaie). Cette dernière reste un des domaines de prédilection des objectifs macro, seuls à garantir un piqué à la fois élevé et uniforme dans toute l’image.
De manière générale, plus les performances de l’objectif associé sont élevées, plus la qualité des images sera convaincante. Un téléobjectif lumineux à focale fixe ou un objectif zoom télé de qualité s’imposent donc pour obtenir des images saisissantes. Un tel équipement pourrait alors remplacer un de ces onéreux téléobjectifs macro (150, 180 ou 200 mm), très doués pour photographier des animaux craintifs, grâce à une distance de travail plus importante. En coiffant votre téléobjectif d’une bonnette macro, il vous sera possible de photographier des insectes tout en respectant leur distance de fuite. Si vous optez pour un objectif à focale variable, il vous sera possible de faire varier le grandissement en modifiant la focale tout en conservant la distance de travail – un atout indéniable pour la photographie de sujets remuants !

Dans la pratique

Rappelons que la profondeur de champ n’existe pas. Elle est le fruit de l’imprécision de l’œil et du matériel de prise de vue. En macro, la profondeur de champ ne varie pas en fonction de la focale de l’objectif utilisé, mas suivant le rapport de grandissement : plus celui-ci est élevé, plus la profondeur de champ est réduite. De même, plus l’ouverture du diaphragme est petite, plus la profondeur de champ est importante, pour un même agrandissement. Un objectif de plus longue focale ne donnera donc pas, en raison d’une distance de mise au point plus importante, une profondeur de champ plus grande !

La profondeur de champ étant très réduite en proxiphotographie, la mise au point est tout sauf une opération facile. Ici, un souffle assez fort nécessitait l’emploi d’une vitesse d’obturation rapide et donc une sensibilité ISO plutôt élevée. Malgré cela, le mouvement de la feuille sur laquelle ce vulcain avait choisi de se poser brièvement a suffi de rendre la plupart des photos d’une série floues. Canon 5D Mark III, Canon EF 100-400 mm f/4,5-5,6 L IS USM, bonnette Canon 500D et flash Canon 580 EXII à 260 mm, f/10, 1/800s et 1600 ISO.

Hormis la profondeur de champ, extrêmement réduite, la mise au point est un autre problème auquel vous serez confronté en travaillant avec des bonnettes macro. Fort heureusement, les bonnettes n’influent pas (ou très peu…) sur la quantité de lumière qui parvient au capteur et n’empiètent donc pas sur l’efficacité du dispositif AF. En revanche, la faible profondeur de champ rend la mise au point, qu’elle soit automatique ou manuelle, très délicate : un souffle de vent, une fleur qui bouge, un insecte qui se déplace et les photos seront irrémédiablement floues !
Le mode Vue par vue (One Shot ou AF-S) étant inefficace aux distances de travail plus réduites, vous pouvez choisir parmi deux méthodes pour la mise au point :

  • la mise au point manuelle, combinée à un mouvement progressif de l’ensemble boîtier-objectif jusqu’à ce que le sujet principal paraît net dans le viseur ou
  • la mise au point automatique (Ai-Servo ou AF-C).

Pour ma part, j’utilise souvent la mise au point manuelle sur mes boîtiers Canon 600D et 5D Mark II alors que je fais désormais confiance à la mise au point automatique de mon 5D Mark III, nettement plus performant sur ce point, d’autant plus qu’il parvient même à gérer les collimateurs excentrés en mode Ai-Servo. Quelle que soit la méthode utilisée,  je préfère travailler en mode Rafale pour produire une petite série d’images à partir de laquelle choisir l’image la plus nette. A noter qu’il me faut souvent saisir une dizaine d’images pour obtenir une qui est techniquement et esthétiquement irréprochable !


Ici, j’ai coiffé mon objectif macro d’une bonnette Raynox DCR-250 (+8 dioptries) pour saisir le reflet d’une primevère dans une goutte d’eau. L’emploi d’un boîtier à capteur APS-C m’a également permis d’obtenir un grandissement plus important. Canon 600D, Canon EF 100 mm f/2,8 L Macro IS USM, 1/125s à f/4 et 400 ISO sur trépied.

Rien ne vous interdit d’associer une bonnette à un objectif macro pour ainsi étendre le champ d’application de ce dernier. Bien au contraire, puisque tous les objectifs macro bénéficient d’une correction très efficace des aberrations optiques, laquelle n’est guère affectée par l’ajout d’un complément optique de qualité. Il est même possible de combiner une bonnette et une bague allonge pour obtenir un rapport d’agrandissement encore plus important. Je m’en sers de ces deux régulièrement pour photographier des sujets infiniment petits ou pour en isoler certains détails.

Avantages et inconvénients

Les bonnettes macro présentent plusieurs avantages. D’abord, leur utilisation est très facile puisqu’il suffit de les visser ou de les fixer à la partie avant de votre objectif. Ensuite, elles sont facilement transportables, grâce à leur faible encombrement. Enfin, elles n’influent pas sur l’efficacité du capteur  et celle du dispositif de mise au point automatique de l’appareil photo (pas de perte lumineuse). Ils permettent donc d’explorer le domaine de la proxiphotographie (et parfois même celui de la macrophotographie…) sans pour autant demander un investissement financier conséquent.

Campanule après la pluie. L’utilisation d’un téléobjectif lumineux et d’une grande ouverture ont permis de produire un flou d’arrière-plan très agréable. Canon EOS Mark II, Canon EF 135 mm f/2 L USM et bonnette Canon 500D, 1/100s, f/4 et ISO 800 à main levée.

Toutefois, les bonnettes macro ne sont pas pour autant sans reproches : citons une perte de qualité importante (bonnette simple) ou à peine perceptible (bonnette achromatique) et une plage de distances de travail plus réduite. Une fois la bonnette fixée sur votre objectif, il vous sera difficile de suivre le vol d’un insecte ou de faire la mise au point sur un sujet se situant au-delà de la distance de travail minimale ou maximale imposée. Si vous apercevez un lapin alors que vous êtes en train de photographier un papillon, il faudra d’abord enlever la bonnette avant de pouvoir faire face à la nouvelle situation !

Une coccinelle assise sur une fleur de bourrache. Canon EOS 5D Mark III, Canon EF 100 mm f/2,8 L Macro IS USM, bonnette Raynox DCR-250 et flashs Canon 580 EX II et 550 EX, disposés à gauche et à droite du sujet. F/11, 1/125s et ISO 1250, compensation d’exposition +0,33 IL.

Malgré cela, les bonnettes macro vous rendront de précieux services pour atteindre facilement et sans détour des grandissements entre 0,1 et 1. Et il serait très dommage de vous en priver !

Précédent La macro à peu de frais - première partie
Suivant Canon EF 16-35 mm f/4 L IS USM : objectif piqué (1)

Leave a comment

error: Ce contenu est protégé