Voigtländer Color-Skopar 20 mm f 3.5 : un objectif super grand-angle pour Canon

Après l’article consacré au Voigtländer Ultron 40 mm f2 et publié il y a quelques jours, voici la suite, traitant de son alter ego au format “pancake”, Color-Skopar 20 mm f3.5 SL Aspherical.

Nous remercions Jean-Christophe Courte du site Urbanbike.com et surtout Richard Frances du site Lapetiteboutiquephoto.com qui nous a permis d’essayer l’objectif pendant une période de prêt suffisamment longue.

Canon EOS 5D Mark 2, Color-Skopar 20 mm f3.5 SL Aspherical

Rappelons l’existence d’un objectif de conception voisine, le très populaire Nikkor 20 mm f3,5 Ai qui était légèrement plus lourd (235 g contre 210g) et long (41 mm contre 28,8 mm) que le Color-Skopar. Mais Nikon n’était pas le seul à commercialiser des objectifs super grand-angles à dimensions réduites, rappelons aussi l’existence du célèbre Zuiko MC Auto-W 21mm f3.5 et du Pentax SMC-M 20 mm f4, un peu moins lumineux.

Canon Eos 1Ds, Color-Skopar 20 mm f3.5 SL Aspherical

Bref, le Color-Skopar 20 mm f3.5 SL Aspherical est sans doute très attendu par les photographes, et à fortiori par les utilisateurs d’appareils Canon, quelque peu négligés par le fabricant, car celui-ci ne propose pas encore d’objectif super grand-angle à focale fixe, peu encombrant et de bonne qualité.

Canon Eos 1Ds, Color-Skopar 20 mm f3.5 SL Aspherical

L’objectif est à peine plus long que le Voigtländer Ultron 40 mm f2 SL Aspherical et partage sinon la réalisation mécanique de l’objectif “standard” : presque entièrement réalisé en métal, il possède une monture EF et une bague de mise au point caoutchoutée un peu étroite, mais confortable et précise. Sept contacts transmettent au boîtier les principales informations (focale, ouverture, etc.) et autorisent un couplage au témoin de mise au point dans le viseur, ce qui est bien utile compte tenu de la mise au point entièrement manuelle. À la différence de l’Ultron, le Color-Skopar est livré sans pare-soleil, mais le fabricant le propose en accessoire optionnel (LH-20). Fabriqué en métal, ce pare-soleil ne protège pas l’objectif contre des chocs -une réalisation en matière plastique y serait plus efficace car le pare-soleil absorbe alors l’impact en se cassant et sans déformer le fut de l’objectif- et il est finalement très onéreux, ajoutant pas moins de 40 euros à la facture.

Un duo peu encombrant : le Color-Skopar 20 mm f3.5 SL Aspherical sur un Canon 5D Mark 2

Qualité optique

Canon ne produit actuellement que quelques objectifs super grand-angulaires pouvant répondre aux exigences des capteurs plein format de 21 mégapixels — et tous sont très chers (16-35 mm f 2.8 USM L II, 24 mm f 1.4 USM L II) ! L’EF 17-40 mm f 4 L USM tant acclamé par les utilisateurs des premiers capteurs “full frame” ne fournit plus que des images nettes dans une zone centrale et floues dans une vaste région périphérique. Si vous espérez produire de saisissantes photos de paysage ou d’architecture, il vous faut alors investir dans l’une des optiques citées plus haut, dénicher l’un des rares et mythiques Carl Zeiss Distagon 21 mm f/2.8 en monture Contax ou alors acquérir la nouvelle déclinaison de ce dernier en monture EF. Bref, dans ce contexte, le nouveau Color-Skopar 20 mm f3.5 SL Aspherical est fort intéressant, puisqu’il ne coûte qu’un tiers du caillou Zeiss, tout en étant nettement plus petit et léger.

Piqué

Honnêtement, je n’ai jamais trouvé un super grand angle irréprochable, bien que certains objectifs semblent être assez proches de l’idéal, notamment les Zeiss mentionnés plus haut et l’AF-S Nikkor 14-24 mm f/2, 8 G ED. Les objectifs de cette catégorie souffrent en fait d’un vignetage très prononcé à pleine ouverture (qui ne s’estompe pas toujours en fermant le diaphragme), d’aberrations chromatiques et de distorsions plus au moins faciles à corriger par voie logicielle. À pleine ouverture, le Voigtländer Color-Skopar 20 mm f3.5 SL Aspherical produit des images bien définies dans le centre, douces dans une zone intermédiaire et encore plus douces dans les coins de l’image.

Canon EOS 5D Mark 2, Color-Skopar 20 mm f3.5 SL Aspherical

Avec un Canon EOS 1 Ds — dont le capteur est bien moins discriminant que celui du Canon EOS 5 D Mark 2 — il suffit de le fermer d’une ou de deux valeurs d’ouverture pour obtenir une couverture satisfaisante. Toutefois, monté sur un Canon EOS 5 D Mark 2, il convient de fermer le diaphragme à f/8 ou f/11 pour obtenir un contraste et une netteté très satisfaisants jusqu’aux bords de l’image. Comparé au Canon EF 17-40 mm f4 L USM, le Voigtländer offre des performances optiques bien supérieures. Pour obtenir une netteté à peu près homogène (et encore, le Canon reste désespérément flou dans les coins…), il faut fermer le diaphragme du Canon à f/11 (Canon 1 Ds) ou f/16 (Canon 5 D Mark 2). Sachez toutefois que pour l’objectif Voigtländer la netteté aux bords reste toujours inférieure d’un cran à celle du centre. Évitez en revanche les ouvertures inférieures et égales à f/16 : la diffraction y détruit plus d’informations que vous ne gagneriez en augmentant la profondeur du champ.


Canon EOS 5D Mark 2, Color-Skopar 20 mm f3.5 SL Aspherical à f/5,6

Extraits du centre et du coin inférieur gauche

Extrait du centre de l’image précédente à 100% – le piqué est déjà bon à f/5,6…

…et aux bords de l’image.

Distorsions, vignetage et aberrations optiques

Faisant partie des objectifs super grand-angles, le Color-Skopar n‘échappe pas aux sempiternels défauts optiques. Très important à pleine ouverture, le vignetage ne s’estompe jamais complètement, mais il n’est pas vraiment gênant, d’autant plus que vous pouvez le corriger dans Photoshop ou dans votre logiciel de développement RAW. L’aberration chromatique fait également partie des défauts faciles à corriger : dans Camera Raw et Lightroom et entre f/8 et f/16, il convient de choisir les valeurs -21 (Frange Rouge/cyan et +6 (Frange Bleu/jaune) pour l‘éliminer.

On distingue sur cette image la distorsion en “moustache” pour laquelle il faudrait disposer d’un logiciel tel que DxO Optics Pro ou Acolens afin de la corriger de manière efficace

Quant à la distorsion, elle doit faire l’objet d’une correction plus sophistiquée : avec un appareil APS-C, il s’agit d’une distorsion en barillet, mais avec un appareil à capteur “plein format”, celle-ci se transforme en “moustache” (barillet au centre, puis coussinet aux bords) !

Traitement anti-reflet

Utilisé en contre-jour, l’objectif possède une incroyable aptitude à ne pas produire des images parasites et des reflets. Lorsque le soleil est dans le champ, le Color-Skopar brille par l’absence complète des phénomènes cités et c’est seulement lorsque la source de lumière se trouve juste à l’extérieur du cadre que l’on aperçoit un seul reflet magenta de taille modeste. Bref, c’est parfait !

Bokeh

Il est vrai que je ne me suis jamais inquiété (à tort ?) du rendu des zones hors profondeur du champ de mes objectifs grand-angles. Le fameux “bokeh” m’importe en fait uniquement pour mes objectifs standards et mes téléobjectifs lumineux. Bien qu’il soit équipé d’un diaphragme circulaire à neuf lamelles, le Color-Skopar échoue à cette épreuve. Dans l’exemple suivant, pris à pleine ouverture, les zones floues souffrent d’un rendu un peu trop “nerveux”.

Canon EOS 5D Mark 2, Color-Skopar 20 mm f3.5 SL Aspherical à f/3,5
Deux extraits à 100% montrant le rendu des zones nettes…
…et floues.

Mais est-ce bien grave ? Pour ma part, j’utilise un tel objectif presque toujours le diaphragme fermé à f/8 ou à f/11 pour obtenir un bon piqué et une profondeur de champ suffisante…

Conclusion

Une nouvelle fois (après le 40 mm f 2) Cosina réussit la “quadrature du cercle” : introduire un objectif à la fois léger, petit, relativement abordable et très performant. J’apprécie d’autant plus ces qualités qu’il n’existe pas dans le vaste système des objectifs Canon d’objectif semblable et capable de réunir toutes les caractéristiques mises en avant.
De plus, en combinant cet objectif avec l’Ultron, vous disposerez d’un ensemble pouvant aisément remplacer un objectif zoom de type 16-35 ou 17-40 mm, sous condition de faire quelques pas de plus (“sneaker zoom”) afin de compenser le manque de focales intermédiaires.

Mais Cosina possède encore une petite marge pour améliorer la prise en main du Color-Skopar: il lui manque encore un repère saillant pour faciliter et sécuriser son montage sur l’appareil photo et un revêtement moins salissant et plus agrippant pour la bague de mise au point. Mais bon, il ne s’agit là que de petits détails…

Caractéristiques techniques

  • Focale : 20 mm (équivalent 32 mm sur un reflex au format APS-C)
  • Ouverture maximale/minimale : f/3.5 et f/22
  • Construction optique : 9 éléments en 6 groupes, une lentille asphérique, diaphragme circulaire à 9 lamelles
  • Angle de champ : 94 °
  • Distance minimale de mise au point : 0.2 m
  • Diamètre de fixation pour filtre : 52 mm
  • Diamètre x longueur : 63 mm x 28,8 mm
  • Poids : 205 g
  • Pare-soleil en option (LH-20)
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