Composition : le mythe de l’objectif de paysage

Il existe un certain nombre d’idées préconçues qui ont la vie dure. Pour ne citer qu’un exemple, les objectifs grand-angle sont souvent attribués aux photos de paysage, au point que la littérature anglaise leur appose l’étiquette, simplificatrice, “landscape lenses”.

Il existe un certain nombre d’idées préconçues qui ont la vie dure. Pour ne citer qu’un exemple, les objectifs grand-angle sont souvent attribués aux photos de paysage, au point que la littérature anglaise leur appose l’étiquette, simplificatrice, “landscape lenses”.
Ainsi, la plupart des auteurs d’ouvrages conseillent aux photographes débutants d’investir d’abord et avant tout dans un zoom super-grand angle et il semble que toutes les autres focales soient inutiles, voire déconseillées pour saisir la beauté d’un paysage, qu’il soit ou non touché par la main de l’homme.

Pourtant, il suffit de regarder les images des grands maîtres pour se rendre compte qu’il n’y a pas de règle pour choisir un objectif de paysage : si les photographies d’Ansel Adams et Edward Weston respirent souvent la compression des perspectives d’un objectif télé ou la neutralité d’un objectif standard, d’autres photographes, et notamment Ernst Haas et Franco Fontana, utilisent des focales plus longues pour mettre en scène les formes et les couleurs d’un paysage.

Trouver un point de vue et s’y tenir

Pour réussir une photo de paysage, il faut souvent trouver un point de vue à partir duquel les lignes et les formes du sujet se complètent pour créer un ensemble harmonieux. Il est alors impossible de quitter ce point de vue sans compromettre l’harmonie : s’approcher davantage pour mieux remplir le cadre est alors néfaste en termes de composition. La seule solution consiste à utiliser une focale plus longue, permettant d’une part de ne retenir que les éléments porteurs de l’image et de l’autre de ne pas modifier la relation des différents éléments la constituant.

Ici, le point de vue m‘était imposé : un pont reliant deux îles de Stockholm. Seule une variation de la distance focale me permettait de trouver une composition harmonieuse.
Pour cette photo, prise aux bords d’un lac, j’ai cherché à opposer les couleurs chaudes des pédalos aux couleurs froides d’un matin embrumé. Le téléobjectif permet de simplifier la composition.

Moins est plus

De manière générale, plus une composition est simple, plus elle est réussie. Le message du photographe surgit alors clairement, sans être dilué par des éléments parasites et superflus.

Certains paysages “sauvages” appellent plutôt à l’utilisation d’un objectif grand-angle, voire même la création d’une image panoramique à partir d’une série d’images, pour révéler toute leur splendeur (et encore, dans les parcs nationaux américains vous risquerez ainsi de cadrer le trépied du photographe voisin…). Cependant, la plupart des paysages les plus accessibles sont plus ou moins défigurés par les activités humaines et souffrent de la présence d’éléments parasites, gênants et superflus : pylônes électriques, autoroutes, véhicules en tout genre, antennes de téléphonie portable, rares sont les paysages habités y échappant !

Pratiquer la photo de paysage en ville est un exercice ardu, comme ici au Parc de Sceaux, infesté par des joggeurs : une longue focale , un trépied stable et une bonne dose de patience m’ont permis à les exclure du cadre.

Une focale plus longue vous aide à trouver ce qui vous a attiré au départ, et à alléger votre sujet de tout ce qui n’apporte rien à l’image, tout en épurant le contenu.

Augmenter ou réduire la profondeur d’un paysage

En utilisant un téléobjectif, il est possible de créer une impression de profondeur, grâce à une succession des différents plans d’un paysage, notamment lorsque le soleil est proche de l’horizon. De même, il est possible de rapprocher différents éléments et ainsi d’aplatir les différents plans d’une image lorsque la lumière est plutôt plate et diffuse. Là encore, il est important de jouer sur la répétition des lignes et des formes pour obtenir une image harmonieuse et d’éliminer d’éventuels éléments gênants par un cadrage serré.

Une perspective aérienne m’a permis de “placer” cette église fortifiée moyenâgeuse au plein milieu des vignes et à bien séparer les différents plans de la scène.

Jongler avec la profondeur de champ

Les longues focales offrent la possibilité de séparer visuellement le premier et l’arrière-plan d’une image. Il suffit de faire la mise au point sur l’un des deux plans, puis de choisir une grande ouverture pour rendre l’autre flou. Si la mise en valeur des détails du premier plan est plus courante, il est également possible de faire ressortir l’arrière-plan, en le confrontant à un premier plan flou.

Faire la mise au point sur le premier…
…ou sur l’arrière-plan : à vous de choisir !

J’espère que cet article vous a ouvert les yeux sur le potentiel créatif des objectifs standards et télé en photo de paysage. Contrairement à ce qu’on peut lire sur d’autres sites, il n’y a pas d’objectifs plus doués que d’autres pour saisir la beauté d’un paysage : si l’emploi d’un objectif grand-angle s’y impose tout naturellement, celui d’une focale plus longue permet souvent de produire des images aussi saisissantes. Et si, à l’occasion de votre prochaine promenade automnale, vous laissiez votre grand-angle à la maison ?

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